« Les femmes exagèrent. » Vraiment ?
« Les femmes exagèrent. » Vraiment ?
Des hommes ordinaires, des réalités invisible, et l’angle mort de ceux qui ne sont pas concernés.
Je ne pense pas que c’est un mauvais homme. Je pense surtout qu’il n’a probablement jamais vécu ce dont il parlait. Jamais traversé une rue en changeant de trottoir parce qu’un groupe d’hommes le regardait d’une certaine façon. Jamais reçu de message obscène d’un inconnu. Jamais eu à calculer si sa tenue allait lui attirer des remarques. Jamais eu à peser ses mots dans une réunion professionnelle pour ne pas paraître « trop émotif ». Jamais eu à se demander, après une soirée, si ce qui s’était passé était de sa faute.
Quand on n’a jamais vécu quelque chose, il est très facile de penser que c’est exagéré. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est l’angle mort de ceux qui ne sont pas concernés. Et cet angle mort, je le connais, parce que pendant longtemps, j’ai eu le même.
Puis cette semaine, un reportage d’investigation est tombé. Des groupes en ligne où des hommes échangeaient des vidéos de leurs femmes droguées et violées. Pas des inconnus. Leurs femmes. Ils se donnaient les techniques pour les endormir, filmaient, partageaient, commentaient. Une communauté organisée, active, avec ses codes et ses habitués.
Ma femme et moi en avons parlé longuement ce soir-là. Et je me suis retrouvé avec une question que je ne savais pas vraiment formuler : comment est-ce possible que des hommes ordinaires en arrivent là, et que d’autres, le même jour, dans une réunion banale, continuent de dire que les femmes exagèrent ? Ces deux réalités ne sont pas sans lien. C’est ce que cette série va essayer de montrer.
- 16 % des femmes ont été victimes d’un viol au cours de leur vie
- Plus de 11 viols enregistrés par jour en 2021
- 82 % des agressions sexuelles ne sont jamais signalées
- Seules 6 % des femmes victimes déposent plainte
- 53 % des affaires sont classées sans suite après dépôt de plainte
Sources : IWEPS · Institut pour l’égalité des femmes et des hommes · CPVS belges
Rapport IWEPS 2024 : « En Belgique, être une femme surexpose aux violences. »
En 2024, le procès de Mazan a mis tout ça en lumière. Dominique Pelicot avait drogué sa femme Gisèle pendant dix ans et recruté des dizaines d’inconnus pour la violer pendant son sommeil. Sur le banc des accusés : 51 hommes. Des ouvriers, des cadres, des soignants, des militaires. Aucun profil psychiatrique particulier. Des hommes ordinaires qui avaient fait un choix.
« La honte doit changer de camp. »
C’est exactement ce renversement-là que cette série veut explorer. Je ne suis ni sociologue, ni psychologue. Mais depuis nos conversations, j’ai décidé de me renseigner sérieusement et d’aller plus loin. Ce n’est pas la première fois que j’aborde ce sujet ici, j’en avais déjà parlé, de façon plus succincte. Et je me suis pris un tombereau d’insultes de la part de masculinistes. Ce qui m’a moins choqué qu’interloqué.
Parce que je ne comprends pas cette équation. Être un homme et s’interroger sur les violences faites aux femmes, comment est-ce que ça devient une trahison ? Comme si la solidarité masculine obligeait à fermer les yeux. Comme si reconnaître une réalité vécue par des millions de femmes faisait de vous un ennemi du genre masculin. Je ne me reconnais pas dans cette vision de ce qu’est un homme. Et je pense que la plupart des hommes que je connais non plus.
Ce que j’ai trouvé en creusant le sujet est massif, documenté, et pourtant absent de la plupart de nos conversations d’hommes de mon âge. Cette série ne se veut pas militante. Elle se veut éclairante et pédagogique. Elle abordera la culture du viol, les masculinités, la manosphère, les violences numériques, le traumatisme des survivantes, les espaces non-mixtes, et ce qui change vraiment les choses. Tout sera sourcé. Tout sera concret.
L’homme qui a dit que les femmes exagèrent, il n’a pas les chiffres. Il n’a pas les études. Il a des impressions forgées dans un environnement qui ne l’a jamais obligé à regarder ailleurs. Ce n’est pas une excuse. Mais c’est un point de départ. Et cette série s’adresse à lui autant qu’à n’importe qui d’autre.
Une dernière chose. Je n’ai pas la prétention de tout savoir, ni de tout couvrir. Il y aura des angles manquants, des nuances que je n’aurai pas vus, des expériences que je n’aurai pas su mettre en mots. C’est précisément pour ça que j’écris ici plutôt qu’ailleurs, parce que je compte sur vous pour alimenter la réflexion, corriger ce qui mérite de l’être, et enrichir ce que j’aurai commencé. Cette série n’est pas un monologue. Elle est une invitation.
