Travaillez sur vous : un slogan, une politique
Travaillez sur vous : un slogan, une politique
Le développement personnel n'est pas un secteur économique parmi d'autres. C'est un dispositif politique qui transfère sur les individus la responsabilité d'une souffrance produite collectivement, et qui protège ainsi le système qui la produit.
En 2024, environ 530 000 personnes sont en incapacité de travail de longue durée en Belgique. Plus d'un tiers pour troubles psychiques. Le chiffre a doublé en quinze ans. Pendant que ces chiffres explosent, la santé mentale au travail est devenue une industrie. Coaching individuel, formations "résilience", applications de pleine conscience, séminaires d'"intelligence émotionnelle", certifications de praticien en PNL : le développement personnel s'est installé comme réponse organisée à la souffrance psychique collective.
Cette équation a un sens politique. Lorsque la souffrance psychique d'une population augmente massivement et que la réponse organisée par les institutions consiste à former les individus à "mieux gérer", sans toucher aux conditions qui produisent cette souffrance, ce n'est pas une politique de santé. C'est un dispositif de transfert de responsabilité. Du collectif vers l'individuel. De la structure vers le sujet. Et c'est exactement ce que vend, à grande échelle, l'industrie du développement personnel.
Une généalogie datable
L'injonction "travaillez sur vous" s'installe comme dispositif gouvernemental dominant à partir des années 1970 dans le monde anglo-saxon, puis en Europe continentale. Cette installation est historiquement datable, théoriquement documentée, et politiquement orientée. Et elle précède l'explosion commerciale du DP : c'est elle qui la rend possible.
Le philosophe Michel Foucault l'a théorisée dans ses cours au Collège de France de 1978-1979, publiés sous le titre Naissance de la biopolitique. Sa thèse : le néolibéralisme ne se contente pas de privatiser des secteurs économiques ou de réduire l'État. Il construit activement un type de sujet, qu'il nomme l'"entrepreneur de soi-même", qui internalise les exigences du marché comme exigences personnelles. Le travailleur n'est plus quelqu'un qui vend sa force de travail. Il devient une entreprise individuelle qui doit gérer son capital humain, optimiser son rendement, investir dans ses compétences, sa santé, sa résilience, son réseau. Sa réussite ou son échec lui appartiennent intégralement.
Pierre Dardot et Christian Laval ont systématisé cette analyse dans La nouvelle raison du monde (La Découverte, 2009). Pour eux, le néolibéralisme est moins une doctrine économique qu'une rationalité politique qui s'impose à tous les domaines de la vie sociale en y diffusant la norme de la performance individuelle, de la concurrence permanente et de la responsabilité personnelle.
La sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas ont appliqué cette grille directement au marché du développement personnel dans Happycratie (Premier Parallèle, 2018). Leur argument est tranchant : la "science du bonheur" née dans les années 1990 fournit l'infrastructure scientifique apparente d'une morale néolibérale dont la fonction principale est de dépolitiser la souffrance. Toute insatisfaction devient un problème personnel à régler par un travail intérieur, jamais le symptôme d'un dysfonctionnement collectif à corriger. Le développement personnel n'est pas un secteur économique parmi d'autres : il est l'aile psychologique du néolibéralisme.
Il est important de le préciser : c'est une thèse critique forte, débattue dans le champ académique, pas un consensus établi. Des chercheurs en contestent certains aspects, notamment l'idée que le néolibéralisme produirait un sujet entièrement façonné par ses normes. Mais comme grille d'analyse, elle décrit avec une précision remarquable ce que les chiffres et les pratiques institutionnelles confirment : le développement personnel prospère exactement aux endroits où les institutions publiques reculent. Cette corrélation n'est pas un hasard sociologique. C'est une fonction politique.
Premier mécanisme : la santé mentale au travail comme problème individuel
Le cas est aujourd'hui banal en Belgique. Prenons un CPAS dans une commune populaire bruxelloise. Les assistants sociaux y gèrent en moyenne 80 à 120 dossiers actifs par agent, bien au-delà des recommandations professionnelles. Les demandes d'aide au logement ont augmenté massivement en cinq ans. Les situations de santé mentale lourde sont devenues quotidiennes. Aucune formation initiale ne prépare les agents à cette charge.
La réponse institutionnelle dominante ne consiste pas à renforcer les effectifs ou à alléger la charge. Elle consiste à organiser une formation de deux jours étiquetée "communication non violente et gestion du stress" à destination des agents. C'est, en miniature, le développement personnel à l'oeuvre dans une institution publique : transformer un problème d'organisation et de moyens en problème de compétence individuelle, et y répondre par une offre courte, packagée, généralement vendue par un consultant externe.
Le développement personnel se nourrit d'outils qu'il a captés
Le développement personnel se vend rarement sous son nom commercial brut. Il s'infiltre dans des pratiques sérieuses dont il pille la légitimité scientifique : la méditation clinique (devenue "pleine conscience" en application), la thérapie cognitivo-comportementale (devenue "reprogramme ton cerveau"), la communication non violente (devenue "gestion du stress"). Le cas de la CNV mérite d'être disséqué, parce qu'il montre précisément comment le DP transforme un outil critique en son contraire. C'est cette transformation, plus que les produits visibles du marché, qui constitue l'opération politique centrale du développement personnel.
La communication non violente a été conçue par le psychologue américain Marshall Rosenberg dans les années 1960-1970, dans un contexte de médiation en milieu scolaire, en justice restaurative et en résolution de conflits collectifs (Rwanda post-génocide, conflits israélo-palestiniens, tensions raciales aux États-Unis). Sa fonction d'origine n'est ni adaptative ni apaisante. Elle est analytique. Elle propose un protocole en quatre temps (observation, sentiment, besoin, demande) qui permet de distinguer les faits des jugements, de nommer les émotions sans les attribuer à autrui comme cause, d'identifier des besoins fondamentaux non-satisfaits, et de formuler des demandes précises plutôt que des plaintes diffuses.
Pratiquée sérieusement, la CNV est un outil de lucidité. Elle conduit logiquement les agents d'un CPAS surchargé à formuler : "Mes besoins de reconnaissance, de cohérence éthique, de capacité à faire correctement mon travail, ne sont pas satisfaits. L'organisation me demande l'impossible." C'est-à-dire à déplacer la lecture du malaise : de l'individu défaillant vers l'organisation qui produit cette défaillance. C'est exactement le mouvement inverse de celui que produit le développement personnel.
Le test décisif : le périmètre de la formation
Ce qui distingue radicalement la CNV outil de lucidité de la CNV outil d'absorption tient à une seule variable : le périmètre hiérarchique de sa pratique.
Premier cas de figure. La CNV est commandée uniquement pour les agents subalternes. C'est statistiquement la règle dans les institutions publiques belges. Les besoins non-satisfaits sont identifiés, formulés, parfois entendus en cercle de parole. Puis ils butent sur une organisation qui n'a aucun mandat pour y répondre. La parole tourne en boucle et finit par servir, comme l'écrit le sociologue Vincent de Gaulejac, à "apprendre aux agents à mieux encaisser un système sous-financé". La CNV devient alors, contre sa fonction d'origine, un dispositif d'absorption : c'est-à-dire un produit de développement personnel.
Deuxième cas de figure. Un cadre intermédiaire ayant une marge de manoeuvre réelle pratique sérieusement la CNV pour lui-même. Il entend alors les besoins non-satisfaits de ses collaborateurs comme données objectives sur le fonctionnement de son service, pas comme plaintes individuelles à recadrer. Il redistribue les charges dans sa marge, il organise des temps collectifs de débriefing sur les situations lourdes, il fait écran sur les injonctions intenables venues d'en haut plutot que de les transmettre vers le bas. C'est ce que la psychodynamique du travail nomme depuis trente ans le "travail d'organisation par les cadres" : la part invisible du travail managérial qui consiste à absorber les injonctions contradictoires.
Troisième cas de figure. Les cadres supérieurs et la direction pratiquent la CNV face à leur propre tutelle politique. La CNV bien comprise mène alors logiquement à des prises de position publiques sur l'insuffisance structurelle des moyens. C'est ce qu'a fait en France le Manifeste des chefs de service hospitaliers en décembre 2018 (plus de 1 000 signataires, suivi de démissions administratives en cascade) et la vague de démissions des directeurs d'hopitaux en 2019-2020, coordonnée par le Collectif Inter-Hopitaux. C'est exactement ce que le développement personnel rend impossible.
Ce troisième cas reste exceptionnel. La règle reste la formation des seuls agents. Et c'est précisément cette règle qui définit le développement personnel comme dispositif politique : il capture des outils dont la fonction critique potentielle est élevée et il les redéploie dans des configurations hiérarchiques qui annulent cette fonction.
Ce que disent les évaluations globales
L'évaluation scientifique des programmes individuels de bien-être au travail est sans appel. L'étude la plus récente et la plus solide est celle de William Fleming, publiée dans l'Industrial Relations Journal en 2024, portant sur 46 336 salariés dans 233 organisations britanniques. Conclusion : aucun effet mesurable des programmes individuels (méditation guidée, coaching de résilience, applications de pleine conscience, ateliers de gestion du stress, programmes de pensée positive) sur le bien-être psychologique des participants. Une seule intervention produit un effet statistiquement significatif : la possibilité offerte aux salariés de faire du bénévolat pendant leur temps de travail, parce que c'est la seule intervention qui modifie effectivement la nature du travail.
- →Fleming (2024, n=46 336) : aucun effet mesurable des programmes individuels de bien-être sur le bien-être psychologique des participants.
- →Jones, Molitor et Reif (2018, n=5 000, NBER) : absence d'effet d'un programme de bien-être en entreprise sur tout indicateur de santé.
- →Richardson et Rothstein (2008, méta-analyse) : les interventions cognitivo-comportementales individuelles produisent au mieux un effet faible et de courte durée.
- →EU-OSHA (2018) : les interventions de niveau individuel sans modification du contexte organisationnel n'ont pas d'effet durable sur les risques psychosociaux.
« Le développement personnel en entreprise est, à la lettre, un produit qui ne tient pas ses promesses thérapeutiques. Mais il en tient une autre, plus discrète : il transforme le mécontentement en travail intérieur. »
Deuxième mécanisme : la saturation organisée des soins publics
Le système belge de soins de santé mentale fonctionne sur deux étages déconnectés. En haut, une psychiatrie hospitalière sous tension permanente. En bas, une psychothérapie ambulatoire majoritairement non remboursée, à 60-80 euros la séance, soit hors de portée de la majorité de la population.
La réforme INAMI de 2021 sur les soins psychologiques de première ligne, élargie en 2022, devait corriger ce fossé. C'était une avancée réelle. Trois ans plus tard, le constat est documenté par les évaluations du KCE et les rapports des mutualités : la demande dépasse massivement l'offre. Le plafond annuel de séances reste inadapté. Le maillage territorial des psychologues conventionnés est insuffisant, particulièrement en Wallonie rurale et dans certains quartiers bruxellois. Les délais d'attente atteignent plusieurs mois dans certaines zones.
Pendant ce temps, le marché du coaching répond à la même demande, sans liste d'attente, sans médecin référent, sans plafond de séances, contre paiement direct. Le développement personnel n'est pas un parasite du système de santé. Il est le bouche-trou organisé d'un système absent. Et il est devenu un acteur économique organisé qui a intérêt rationnel au maintien de ce retrait des services publics.
Troisième mécanisme : la privatisation de l'éco-anxiété
L'étude internationale dirigée par la psychologue Caroline Hickman, publiée dans The Lancet Planetary Health en 2021, a interrogé 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans dix pays. Résultats : 75 % se déclarent "effrayés" pour leur avenir face au changement climatique ; 56 % pensent que l'humanité est "condamnée" ; 39 % hésitent à avoir des enfants. Cette anxiété n'est pas un trouble psychologique. Elle est une réponse rationnelle à un risque réel et documenté.
La réponse du marché du développement personnel : programmes de "résilience écologique", ateliers de "deuil climatique", coaching de "transition intérieure", formations à l'"écopsychologie". Cette opération dépolitise le seul affect collectivement disponible pour agir. L'angoisse face à l'effondrement climatique est précisément ce qui pourrait nourrir des mobilisations collectives, des revendications de politiques publiques, des actions juridiques. La traiter comme symptome à apaiser dans une pratique méditative individuelle revient à neutraliser politiquement une population entière de jeunes adultes au moment où leur mobilisation serait socialement la plus utile.
« C'est exactement à cette opération que la série donne ici son nom : le développement personnel comme dispositif de dépolitisation de masse. »
L'individualisation est un choix politique, pas une fatalité clinique
La pièce maitresse de la démonstration politique de cette série tient dans le fait suivant : il existe une clinique scientifique de la souffrance psychique qui refuse depuis cinquante ans l'individualisation comme paradigme. Elle est validée empiriquement, recommandée par les autorités sanitaires internationales, remboursée par les systèmes publics, accessible en Belgique. Et elle est largement inconnue du grand public, parce qu'elle ne se vend pas. Sa simple existence prouve que le caractère systématiquement individuel du développement personnel n'est ni une nécessité scientifique ni une évidence naturelle. C'est un choix. Et tout choix est politique.
L'approche systémique en santé mentale s'est constituée à partir des années 1950 dans plusieurs foyers indépendants : Palo Alto en Californie (Gregory Bateson, Paul Watzlawick), Philadelphie (Salvador Minuchin), Milan (Mara Selvini-Palazzoli). Sa rupture conceptuelle est radicale et précisément l'inverse de celle du développement personnel. Postulat fondamental : le symptome n'est pas une défaillance individuelle. Il est la fonction d'un système relationnel (famille, couple, équipe, institution) qui produit cette défaillance et la localise sur l'un de ses membres. La thérapeutique ne consiste pas à réparer cet individu seul. Elle consiste à modifier le système qui le produit.
Le concept de "patient désigné", théorisé par Murray Bowen et systématisé par Salvador Minuchin, est ici l'arme conceptuelle centrale. Lorsqu'une famille consulte pour le comportement "problématique" d'un de ses membres, le clinicien systémique pose comme hypothèse que ce comportement remplit une fonction stabilisatrice dans le système familial. Ce diagnostic clinique résonne directement à l'échelle politique : l'individu en souffrance que le DP traite isolément remplit, à l'échelle sociale, exactement la même fonction de "patient désigné" pour un système néolibéral qui ne souhaite pas se laisser interroger. Le burn-out d'une assistante sociale, la dépression d'un cadre, l'anxiété d'un étudiant ne sont pas des défaillances individuelles à réparer en coaching. Ce sont des symptomes désignés d'une organisation du travail, d'une logique d'évaluation, d'un retrait des protections collectives.
- →Troubles alimentaires adolescents. La Maudsley Family-Based Therapy est recommandée en première ligne par le NICE (guideline NG69, 2017). Taux de rémission de 50 à 75 % à un an, supérieur aux thérapies individuelles.
- →Troubles du comportement enfant-adolescent. Méta-revue d'Alan Carr (2019, plus de 60 essais) : niveau de preuve élevé pour les thérapies familiales sur les troubles oppositionnels et les troubles des conduites.
- →Schizophrénie et trouble bipolaire. Les interventions familiales psychoéducatives sont recommandées en routine par NICE et l'American Psychiatric Association. Méta-analyse Cochrane (2010, 53 essais, 5 142 patients) : réduction significative des rechutes et réhospitalisations.
- →Accès en Belgique. Cette clinique se pratique dans les centres de santé mentale conventionnés (CSM), les services psychiatriques hospitaliers, et des instituts reconnus (Centre Chapelle-aux-Champs, CETEM). Elle est partiellement remboursée. Elle ne se vend pas en séminaire à 4 800 euros.
Le piège de classe, à nommer frontalement
Toute critique du développement personnel court un risque : devenir un sermon élitiste. Renvoyer au psychologue conventionné, au syndicat, à l'éducation populaire, à la systémique, à la mutualité, c'est implicitement supposer un accès, à un médecin généraliste référent, à un secteur syndicable, à un quartier qui héberge ces structures, à un capital culturel qui permet de les identifier. Pour celles et ceux qui sont à la marge (sans-papiers, précaires intermittents, aidants familiaux isolés, ruraux éloignés des bassins de soin), ces ressources sont théoriques.
Le développement personnel a sur ces dispositifs un avantage compétitif majeur : il est immédiatement disponible. Une vidéo TikTok de coach, un podcast de "mindset", un livre Amazon à 19 euros, une formation en ligne. Sans guichet, sans liste d'attente, sans demande d'orientation, sans capital culturel préalable. C'est précisément cette accessibilité immédiate qui en fait un produit politique : il occupe l'espace que les institutions publiques ont laissé vide, en s'adressant à ceux qu'elles ont laissés en route.
La vraie réponse à la critique du DP n'est ni "consommez mieux" (réponse de classe moyenne pour la classe moyenne), ni "lisez Bourdieu et Foucault" (réponse cultivée pour les cultivés). La vraie réponse est de rendre les alternatives aussi accessibles que l'est aujourd'hui une vidéo Instagram de coach. Cela suppose un maillage territorial complet de psychologues conventionnés sans plafond inadapté, une régulation effective de la profession de coach, un financement massif de l'éducation populaire sectorielle, et une médecine du travail effective qui analyse réellement les risques psychosociaux et impose les modifications organisationnelles correspondantes.
Conclusion : politiser le développement personnel
Le développement personnel n'est pas une arnaque au sens étroit du terme. Il est quelque chose de bien plus structuré : un dispositif politique qui transfère sur les individus la responsabilité d'une souffrance produite collectivement, et qui protège ainsi le système qui la produit.
Politiser le développement personnel signifie refuser trois habitudes intellectuelles confortables. Premièrement, refuser de le traiter comme un secteur économique parmi d'autres. Le DP est l'aile psychologique du néolibéralisme et il a un poids politique réel. Deuxièmement, refuser de le réduire à ses figures les plus visibles, les gourous et coachs vedettes. Ces figures existent, l'épisode d'hier les a documentées. Mais elles sont la pointe émergée d'un dispositif beaucoup plus diffus qui s'infiltre dans les institutions publiques, dans les formations professionnelles, dans le langage courant du management. Troisièmement, refuser de mépriser les consommateurs. Ils répondent à une demande légitime de mieux-etre dans un environnement qui en produit massivement le contraire.
Politiser le développement personnel, c'est rendre visible ce que ses figures, son marketing et sa réception culturelle s'emploient à occulter : derrière chaque injonction "travaillez sur vous" se cache une décision politique de ne pas travailler sur le système. Quand 530 000 Belges sont durablement hors-jeu pour souffrance psychique, quand 75 % des jeunes adultes sont effrayés par leur avenir climatique, quand les soins psychologiques publics sont saturés et que le marché du coaching prospère à proportion de cette saturation, il ne s'agit pas d'une accumulation de problèmes individuels à régler par du travail intérieur. Il s'agit d'un rapport de force politique où le DP joue un rôle précis : il occupe l'espace, il pacifie le mécontentement, il neutralise la mobilisation.
Reconnaitre la fonction politique du développement personnel n'est ni mépriser ceux qui le consomment, ni dispenser quiconque d'agir individuellement sur son hygiène de vie, son sommeil, son réseau social, ses pratiques de soin. C'est savoir où l'action collective doit porter : sur ce qui produit la souffrance, pas sur ceux qui la portent.
- →Foucault, M. (2004). Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France, 1978-1979. Gallimard/Seuil.
- →Dardot, P. et Laval, C. (2009). La nouvelle raison du monde. La Découverte.
- →Cabanas, E. et Illouz, E. (2018). Happycratie. Premier Parallèle.
- →Fleming, W. J. (2024). "Employee well-being outcomes from individual-level mental health interventions." Industrial Relations Journal, 55(2), 162-182.
- →Jones, D., Molitor, D. et Reif, J. (2018). "What Do Workplace Wellness Programs Do?" NBER Working Paper 24229.
- →EU-OSHA (2018). Healthy workplaces manage stress: Campaign report. Bilbao.
- →Hickman, C. et al. (2021). "Climate anxiety in children and young people." The Lancet Planetary Health, 5(12), e863-e873.
- →De Gaulejac, V. (2014). La société malade de la gestion. Seuil. / Dejours, C. (2009). Travail vivant. Payot.
- →Carr, A. (2019). "The evidence base for family therapy and systemic interventions." Journal of Family Therapy, 36(2).
- →Pharoah, F. et al. (2010). "Family intervention for schizophrenia." Cochrane Database of Systematic Reviews, CD000088.
- →INAMI/RIZIV, Statistiques des incapacités de travail de longue durée, rapport annuel 2024. / KCE, rapports d'évaluation 2022-2024 sur les soins de santé mentale de première ligne.
