L’austérité technicisée (2012-2019)

La dette belge · Épisode 5

L'austérité technicisée (2012-2019)

L'austérité a cessé d'etre un choix débattu pour devenir une procédure. Et ce ne sont pas les sacrifices qui ont fait baisser la dette. C'est la BCE.

Chronik.be·Économie · Politique · Belgique·20 min de lecture
Londres, jeudi 26 juillet 2012. Devant un parterre d'investisseurs, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne depuis neuf mois, lache trois phrases hors de tout texte préparé. Dans le cadre de son mandat, la BCE est prete à faire tout ce qu'il faudra pour préserver l'euro. Et croyez-moi, ajoute-t-il, ce sera suffisant. Whatever it takes. Aucun euro n'est dépensé ce jour-là. Aucune obligation n'est achetée. Et pourtant, en quelques semaines, les taux d'emprunt de l'Espagne, de l'Italie, de la Belgique s'effondrent.

Il faut mesurer d'où l'on vient. Huit mois plus tot, la Belgique était attaquée. Plus de cinq cents jours sans gouvernement, note dégradée par Standard & Poor's le 25 novembre 2011, taux à dix ans frolant les 6 %. L'État avait dû appeler l'épargne de sa population au secours : le bon d'État de décembre 2011 avait récolté 5,7 milliards d'euros. Puis Elio Di Rupo avait preté serment, le 6 décembre, au terme de 541 jours de crise.

Cet épisode raconte la décennie qui suit. Elle tient en deux phrases. L'austérité a cessé d'etre un choix débattu pour devenir une procédure. Et ce ne sont pas les sacrifices qui ont fait baisser la dette.

Des règles avant les urnes

Pendant que la Belgique cherchait un gouvernement, l'Europe réécrivait ses règles. Le Six-Pack entre en vigueur le 13 décembre 2011 : surveillance renforcée des budgets nationaux, sanctions quasi automatiques en cas de dérapage. Le traité budgétaire signé le 2 mars 2012 impose la règle d'or de l'équilibre structurel. Le Two-Pack complète en 2013 : chaque projet de budget de la zone euro est désormais transmis à la Commission européenne, qui rend son avis avant le vote du parlement national.

Relisez cette dernière phrase. L'ordre des lecteurs a changé. La Commission d'abord, les élus ensuite. Voilà ce que veut dire austérité technicisée : la question n'est plus faut-il consolider, elle est de combien, à quelle échéance, selon quelle procédure. Le désaccord politique devient une erreur de calcul.

Pourquoi les États ont-ils accepté ça ? Parce qu'ils avaient peur, et leur peur avait une cause précise. Paul De Grauwe, professeur à la KU Leuven puis à la London School of Economics, l'avait identifiée dès mai 2011 : un pays qui emprunte dans une monnaie qu'il ne controle pas peut etre poussé à la faillite par une simple panique de marché, meme si ses finances sont tenables, car il n'a pas de banque centrale derrière lui. C'est ce qui est arrivé à la Belgique en novembre 2011. Et c'est pourquoi trois phrases de Draghi ont suffi : le jour où la banque centrale accepte de jouer les preteurs en dernier ressort, la panique n'a plus de prise. La discipline de marché n'était pas une loi de la nature. C'était l'effet d'une architecture choisie.

Le socialiste comptable

Elio Di Rupo gouverne avec six partis et sous surveillance. Son budget 2012 porte un effort de 11,3 milliards d'euros, présenté par le Premier ministre lui-meme comme le plus dur depuis septante ans. La retraite anticipée passe de 60 à 62 ans. Les allocations d'insertion des jeunes sont limitées à trois ans, à compter du 1er janvier 2012. Cette dernière mesure est une bombe à retardement : elle explose le 1er janvier 2015, avec environ 27 300 exclusions estimées par l'ONEM. Une coalition menée par un socialiste a signé. Le gouvernement suivant encaissera.

En juin 2014, la Commission referme la procédure de déficit excessif ouverte contre la Belgique en 2009. Et la dette ? Elle monte. 104 % du PIB fin 2012, environ 107 % fin 2014. Pourquoi ? Parce qu'un ratio a deux étages. En haut, la dette. En bas, le PIB. L'austérité freine la croissance, donc le bas de la fraction, pendant que les intérets continuent de gonfler le haut. Trois ans d'efforts, un ratio plus haut qu'au départ. Retenez ce paradoxe : l'austérité belge n'a pas fait baisser la dette. Ce qui la fera baisser viendra d'ailleurs.

Vingt milliards déménagent

Le 6 janvier 2014, une loi spéciale presque illisible pour le grand public redessine le pays. La sixième réforme de l'État, négociée pendant les 541 jours, transfère aux Régions et Communautés des compétences pour environ 20 milliards d'euros : allocations familiales, soins aux personnes agées, politique de l'emploi.

Le piège est dans le financement, et il se comprend avec une image simple. Imaginez qu'on vous confie une maison de repos dont les couts suivent le vieillissement de la population, avec une dotation qui, elle, ne suit qu'en partie la croissance de l'économie. L'écart entre les deux, chaque année, c'est votre déficit. Ajoutez que les entités fédérées doivent en plus contribuer à l'assainissement du pays, 2,5 milliards d'euros par an à partir de 2016. Le fédéral a transféré des dépenses qui montent avec des recettes qui montent moins vite.

« Le fédéralisme belge est devenu une machine à déplacer la contrainte budgétaire vers le bas. »
- Damien Piron, politologue à l'ULiège

Les chiffres suivent la logique. La dette de la Région wallonne passe d'un peu plus de 15 milliards d'euros en 2010 à 23 milliards en 2019, avant meme le Covid. La Fédération Wallonie-Bruxelles et Bruxelles suivent la meme pente. Personne n'en débat : la dette dont on parle à la télévision est fédérale. Celle-ci grossit en silence.

Jobs, jobs, jobs

25 mai 2014, élections. La N-VA de Bart De Wever devient le premier parti du pays. Le 11 octobre, Charles Michel prete serment à 38 ans, à la tete de la suédoise : N-VA, CD&V, Open Vld et MR, seul parti francophone à bord. L'objectif, martèle Michel, se définit en trois points : l'emploi, l'emploi et l'emploi.

Le programme économique de la législature tient en une balance à deux plateaux. Sur le premier plateau, ce que recoivent les entreprises : cotisations patronales de base ramenées de 33 à 25 % par le tax shift de 2015, puis impot des sociétés ramené de 33,99 % vers 25 % par la réforme de décembre 2017. Sur le second plateau, ce qui finance : un saut d'index de 2 % en 2015, définitif, prélevé sur tous les salaires et allocations ; la TVA sur l'électricité relevée de 6 à 21 % au 1er septembre 2015 ; des accises sur le diesel, le tabac, l'alcool ; le précompte mobilier porté à 27 % puis 30 % ; et la pension légale reportée à 67 ans en 2030.

La balance déséquilibrée du tax shift
  • →Baisses décidées entre 2015 et 2020 : plus de dix milliards d'euros.
  • →Compensations : à peine plus de quatre milliards. Bart De Wever le reconnaitra lui-meme : le tax shift était insuffisamment financé.
  • →Répartition : selon une étude de la KU Leuven, les 20 % de Belges les plus pauvres ressortent perdants de l'ensemble, la hausse des impots indirects mangeant leurs gains.

Posez les deux plateaux sur la balance et regardez-la pencher. La différence a un nom comptable, le déficit, et un nom politique : c'est de l'austérité pour plus tard, léguée aux gouvernements suivants.

La boule de neige à l'envers

Pendant que Bruxelles fait ses comptes, Francfort change les règles du jeu. Juin 2014 : la BCE fait passer son taux de dépot sous zéro. Mars 2015 : lancement du PSPP, le programme d'achat de dettes publiques. Chaque mois, l'Eurosystème achète pour des dizaines de milliards d'obligations d'État, dont des obligations belges, via la Banque nationale de Belgique.

Le taux belge à dix ans, qui frolait 6 % fin 2011, tombe sous 1 % fin 2014, puis sous zéro à l'été 2019. Des investisseurs paient pour preter à l'État belge. La charge d'intérets de l'ensemble des pouvoirs publics fond de 3,4 % du PIB en 2010 à environ 2 % en 2019. Et fin 2019, la BCE détient environ 15 % de la dette publique belge.

« Dans les années quatre-vingt, les taux dépassaient la croissance, et la dette gonflait toute seule. À partir de 2015, la mécanique s'inverse exactement. Quand l'État emprunte à zéro et que l'économie croit en valeur, le ratio fond tout seul. »
- La boule de neige tourne à l'envers

C'est elle qui ramène la dette de 107 % en 2014 à 97,6 % fin 2019. Les gouvernements de la période ont aussi dégagé des excédents primaires, réels quoique modestes, et il serait malhonnete de les effacer. Mais faites le test : appliquez à la dette de 2015 les taux de 2011, autour de 5 %, et la charge d'intérets engloutit plusieurs fois ces excédents. Le ratio ne baisse plus. Étienne de Callatay en tire une leçon libérale : la Belgique a recu un effet d'aubaine historique et l'a consommé au lieu de se désendetter sérieusement. Éric Toussaint en tire la leçon inverse : on a fait payer les salariés et les allocataires pendant que la solution était monétaire. Les deux hommes ne sont d'accord sur rien, sauf sur le fait central : ce ne sont pas les sacrifices demandés à la population qui ont fait baisser le ratio.

Athènes, pour mémoire

Un contre-exemple traverse la période et montre ce que les règles font quand on les applique jusqu'au bout. En janvier 2015, la Grèce élit Syriza sur un programme de rupture avec l'austérité. Le 5 juillet, 61 % des Grecs votent non aux exigences des créanciers par référendum. Huit jours plus tard, leur gouvernement accepte un troisième mémorandum plus dur que ce qui avait été refusé dans les urnes. Entre-temps, la présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou, avait créé une commission d'audit de la dette publique, coordonnée par un Belge : Éric Toussaint, porte-parole du CADTM, qui conclut au caractère largement illégitime de la dette grecque. Le rapport est enterré avec le gouvernement qui l'avait commandé. À l'Eurogroupe, la Belgique de Johan Van Overtveldt compte parmi les partisans de la ligne dure.

Aucune armée n'a contraint Athènes. Il a suffi que la BCE gèle le plafond des liquidités d'urgence des banques grecques, fermées trois semaines, retraits plafonnés à 60 euros par jour. Le meme instrument qui protégeait la Belgique depuis 2012 pouvait, retourné, mettre un pays à genoux. Qui décide, demandait notre fil rouge. La réponse de l'été 2015 est limpide.

Fin de règne

Décembre 2018. Le gouvernement Michel se déchire sur le pacte de Marrakech sur les migrations, un texte non contraignant de l'ONU. La N-VA quitte le navire, Michel remet sa démission le 18 décembre. Affaires courantes, élections en mai 2019, blocage. Sophie Wilmès prend le relais en octobre 2019, pendant que Charles Michel part présider le Conseil européen.

Bilan de la décennie. Sur le papier : dette à 97,6 % du PIB, emprunts à taux négatifs, procédure de déficit excessif refermée. En dessous : un déficit structurel intact, un trou permanent creusé dans les recettes par des baisses non financées, une dette régionale gonflée en silence, et l'équilibre budgétaire promis pour 2015, puis 2018, puis 2019, jamais atteint. La Belgique aborde 2020 sans gouvernement de plein exercice et sans marge. Elle ne le sait pas encore, mais elle a trois mois devant elle.

Les angles morts

Trois questions que la décennie n'a jamais posées à voix haute.

Trois questions jamais posées
  • 1.Combien pèse vraiment la dette des entités fédérées ? La réponse dépend du périmètre choisi, et ce choix est lui-meme politique. Selon qu'on compte ou non les organismes parapublics, les financements alternatifs, les intercommunales et leurs filiales, dont l'affaire Publifin révélera en 2016 à quel point elles échappent aux controles ordinaires, la dette wallonne varie de plusieurs milliards entre les publications officielles. Un débat démocratique suppose un chiffre. Il n'y en a pas un, il y en a plusieurs.
  • 2.La redistribution opérée par le tax shift n'a jamais été mesurée officiellement avant d'etre votée. Les bilans complets, ceux qui chiffrent le cout récurrent à environ 15 milliards d'euros par an toutes réductions comprises, arrivent dix ans après. On a réformé d'abord, mesuré ensuite.
  • 3.Environ 15 % de la dette belge est détenue par la banque centrale, c'est-à-dire, en dernière analyse, par le secteur public lui-meme. Une partie des intérets payés sur cette dette revient à l'État via les bénéfices de la BNB. Cette dette-là est-elle encore une dette comme les autres ? La question a été posée par des économistes de tous bords à partir de 2015. Elle n'a jamais été mise à l'agenda politique belge. Nous y reviendrons à l'épisode 7.
Qui paie, qui décide, qui en bénéficie

Qui paie ? Les salariés par le saut d'index, les consommateurs par la TVA et les accises, les jeunes exclus des allocations, les entités fédérées par la loi de financement. Qui décide ? De moins en moins les parlements, de plus en plus la Commission par procédure et la BCE par les taux. Qui en bénéficie ? Les entreprises par les cotisations et l'impot, et les détenteurs d'obligations et d'actifs, dont les prix gonflent à mesure que les taux tombent.

Mars 2020 arrive. En une semaine, tout ce que cette décennie déclarait impossible, les déficits assumés, la création monétaire massive, la suspension des règles budgétaires, devient réalité. C'est l'objet du prochain épisode.

Sources
  • 1.Mario Draghi, discours à la Global Investment Conference, Londres, 26 juillet 2012, verbatim BCE. Les OMT suivent le 6 septembre 2012 ; le programme ne sera jamais activé.
  • 2.Standard & Poor's, dégradation de AA+ à AA, 25 novembre 2011 ; taux OLO à dix ans autour de 5,86 % fin novembre 2011 (BNB).
  • 3.Bon d'État de décembre 2011 : plus de 5,7 milliards récoltés (L'Echo, 5 décembre 2011).
  • 4.Règlements du Six-Pack, entrés en vigueur le 13 décembre 2011 (JOUE).
  • 5.TSCG, signé le 2 mars 2012 par vingt-cinq États membres, en vigueur le 1er janvier 2013 ; transposé en Belgique par l'accord de coopération du 13 décembre 2013.
  • 6.Règlements du Two-Pack, en vigueur le 30 mai 2013 : projets de plans budgétaires soumis à la Commission pour le 15 octobre.
  • 7.Paul De Grauwe, "The Governance of a Fragile Eurozone", CEPS Working Document, mai 2011.
  • 8.Budget fédéral 2012, effort de 11,3 milliards ; pension anticipée de 60 à 62 ans ; limitation des allocations d'insertion à trois ans (arreté royal du 28 décembre 2011).
  • 9.ONEM, "La réforme du système des allocations d'insertion" : environ 27 300 personnes non indemnisables à partir du 1er janvier 2015.
  • 10.Conseil de l'UE, cloture de la procédure de déficit excessif à l'égard de la Belgique, 20 juin 2014 (ouverte en décembre 2009).
  • 11.Eurostat et ICN, dette brute consolidée, SEC 2010 : environ 104 % fin 2012, 107 % fin 2014, 97,6 % fin 2019.
  • 12.Loi spéciale du 6 janvier 2014 relative à la sixième réforme de l'État ; transferts d'environ 20 milliards (CRISP).
  • 13.SPF Finances, rapport annuel 2014 : contribution des entités fédérées portée de 0,25 md en 2014 à 2,5 md par an à partir de 2016 ; liaison partielle des dotations à la croissance.
  • 14.Damien Piron, Dette publique et fédéralisme : le cas de la Belgique, thèse ULiège, 2018 (ORBi).
  • 15.CESE Wallonie, "L'insoutenable dette wallonne ?" : dette régionale de 15 md en 2010 à 23 md en 2019. Le SPW Finances publie des chiffres inférieurs sur un périmètre plus étroit.
  • 16.Prestation de serment du gouvernement Michel I, 11 octobre 2014 ; présentation du tax shift, juillet 2015 (L'Avenir, 23 juillet 2015).
  • 17.Loi du 26 décembre 2015 (tax shift) : cotisations patronales de 33 à 25 % ; loi du 25 décembre 2017 : impot des sociétés de 33,99 % à 29,58 % en 2018 et 25 % en 2020.
  • 18.Saut d'index de 2 %, loi du 23 avril 2015 ; TVA électricité de 6 à 21 % au 1er septembre 2015 ; précompte mobilier à 27 % en 2016 puis 30 % en 2017 ; loi du 10 aout 2015 portant l'age légal de la pension à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030.
  • 19.La Libre Belgique, "Le tax shift de Charles Michel, dix ans après", 3 février 2026, sur base de chiffres de la Chambre et d'une étude de la BNB : baisses de plus de dix milliards contre compensations d'environ quatre ; cout récurrent d'environ quinze milliards par an.
  • 20.Étude de la KU Leuven sur les effets distributifs du tax shift, citée par la CGSLB et la CSC, 2018 : perte nette pour les 20 % les plus pauvres.
  • 21.BCE, taux de dépot négatif à partir du 5 juin 2014 ; PSPP annoncé le 22 janvier 2015, premiers achats le 9 mars 2015, exécutés pour la Belgique par la BNB.
  • 22.BNB et Eurostat : charges d'intérets d'environ 3,4 % du PIB en 2010 à environ 2 % en 2019 ; CADTM : 110 milliards d'intérets payés entre 2012 et 2021. Taux OLO à dix ans sous 1 % fin 2014 et sous 0 % à l'été 2019.
  • 23.Estimation fin 2019 : environ 15 % de la dette publique belge détenue par l'Eurosystème via le PSPP.
  • 24.Référendum grec du 5 juillet 2015, 61,3 % de non ; accord de l'Eurogroupe du 13 juillet 2015 ; gel de l'ELA par la BCE le 28 juin 2015 ; banques grecques fermées du 29 juin au 20 juillet 2015, retraits limités à 60 euros par jour.
  • 25.Commission pour la vérité sur la dette publique grecque, instituée en avril 2015, coordination scientifique d'Éric Toussaint ; rapport préliminaire de juin 2015.
  • 26.Départ des ministres N-VA, 8-9 décembre 2018 ; démission de Charles Michel, 18 décembre 2018 ; élections du 26 mai 2019 ; gouvernement Wilmès en affaires courantes à partir du 27 octobre 2019 ; Michel à la présidence du Conseil européen le 1er décembre 2019.
Prochain épisode · La dette belge
Mars 2020 : en une semaine, tout ce que cette décennie déclarait impossible devient réalité. Déficits assumés, création monétaire massive, règles suspendues.
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Écrit par Ibne Muna · Chronik.be · La dette belge · Épisode 5

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