La punition est déjà tombée.
La punition est déjà tombée, mais pas sur ceux qu'on vous montre
Tout était écrit, tout était public, et presque rien n'a été fait. Ce prologue pose la question qui portera toute la série : qui est réellement puni, aujourd'hui, en Belgique ?
Maintenant, la partie de l'histoire qui devrait vous empecher de dormir, et qui est la vraie raison de cette série. Les cartes montrant où l'eau monte existaient depuis 2007, publiées par la Région wallonne elle-meme : on savait, noir sur blanc, rue par rue, où le risque se trouvait. Après la catastrophe, le Parlement de Wallonie a ouvert une commission d'enquete : six mois d'auditions, tout le monde entendu, et 161 recommandations déposées noir sur blanc dès mars 2022. Une grande étude a suivi en 2023, avec des conclusions de simple bon sens : cesser de construire là où l'eau passe, rendre aux sols leur capacité d'absorber, revoir le plan de secteur, cette carte officielle dessinée dans les années septante qui décide encore aujourd'hui où l'on a le droit de batir. Tout était écrit. Tout était public.
Cinq ans plus tard, où en sommes-nous ? Des circulaires ont été signées, des chantiers ouverts, des millions débloqués, et il serait faux de dire que rien n'a bougé. Mais l'essentiel, si : plus de 500 000 ménages wallons vivent toujours en zone inondable, et le plan de secteur n'a pas été revu. La Flandre, frappée par les memes pluies, a retiré 2 000 hectares de ses zones à batir ; la Wallonie, pas un seul. On continue meme de délivrer des permis en zone inondable, et quand un quotidien a voulu savoir combien depuis la catastrophe, ni l'administration ni le cabinet du ministre n'ont pu fournir le chiffre, 90 % des permis relevant des communes. Personne ne compte. À Nessonvaux, dans la vallée meme de la Vesdre, un projet de trente logements sociaux avance sur un terrain qui était sous plus de deux mètres et demi d'eau en 2021.
Voilà la question qui ouvre cette série, et je vous demande de la garder avec vous jusqu'au dernier épisode : pourquoi, alors que tout était écrit, n'a-t-on presque rien fait ? Pas par ignorance, on vient de le voir. Pas par paresse ni par betise, les gens qui ont rédigé ces rapports et siégé dans ces commissions ne sont ni paresseux ni betes. Alors quoi ?
Le mot tout pret
Voici la première partie de la réponse, et elle est plus retorse qu'un scandale. Chacune des mesures qui protégeraient les prochaines victimes dit non à quelqu'un : non à un terrain devenu inconstructible, non à un permis, non à un projet, non à une habitude. Et depuis des années, quiconque ose prononcer ces non sait exactement comment on appellera ça : de l'écologie punitive. Trois mots devenus imparables. Ils transforment la règle qui vous protège en menace, et celui qui la propose en ennemi des gens ordinaires. La menace, ce n'est plus l'eau qui monte dans votre salon : c'est le fonctionnaire qui vous empeche de construire dedans.
Et si vous croyez que j'exagère, regardez la mécanique travailler en ce moment meme, à Bruxelles. La friche Josaphat, l'un des derniers espaces sauvages de la capitale, doit accueillir un grand projet immobilier. L'argument avancé pour convaincre, tenez-vous bien : la friche, faute d'arbres, serait "très chaude", et le projet, avec ses plantations, fabriquerait des ilots de fraicheur. Bétonner pour rafraichir. Les naturalistes ont rappelé ce que le concept mesure en réalité, c'est l'artificialisation des sols qui crée les ilots de chaleur urbains, et c'est donc la construction elle-meme qui transformerait la friche en ilot de chaleur.
En novembre dernier, un tribunal a ordonné de suspendre l'urbanisation des sites naturels bruxellois de plus d'un demi-hectare, le temps d'étudier précisément ces effets, une première européenne. La Région a fait appel, puis adopté une circulaire qui laisse les projets poursuivre leur chemin. Le remède rebaptisé menace, la menace rebaptisée remède : le retournement dont je vais vous parler pendant treize épisodes n'est pas un souvenir. Il a signé des documents le mois dernier.
Qui est puni, vraiment
Prenons donc ce mot au sérieux, puisqu'il parle de punition, et posons la seule question qui compte : qui est réellement puni, aujourd'hui, en Belgique ?
Cet été, entre le 18 juin et le 3 juillet, la canicule a provoqué environ 2 000 décès de plus que la normale dans notre pays. Précisons cette expression, car elle reviendra souvent : les statisticiens comparent le nombre de morts d'une période avec ce qu'on observe habituellement à la meme saison, et l'écart, ce sont les morts en plus, ceux de la chaleur. Environ 2 000 en une quinzaine de jours. Le pire épisode enregistré en Belgique depuis que la mesure existe, et le taux le plus élevé d'Europe cette saison-là.
Ces morts ne sont pas tombés au hasard. La surmortalité a été deux fois et demie plus forte en Wallonie qu'en Flandre. Meme vague de chaleur, meme pays, meme semaine : ce qui change en traversant la frontière linguistique, ce ne sont pas les thermomètres, ce sont les logements qui gardent la chaleur comme des fours, les revenus qui interdisent de rénover, les corps usés par les carrières de chantier et d'usine, l'isolement. À l'autre bout de la chaine, les 10 % de Belges les plus riches émettent environ huit fois plus de CO2 que les 10 % les plus pauvres. Posez les deux constats cote à cote, parce que toute la série tient dans cette phrase : ceux qui polluent le moins sont ceux qui meurent le plus.
« Nos lois proclament le pollueur-payeur : celui qui salit répare. La réalité que cette série va documenter est son exact contraire, et je lui donnerai un nom qui reviendra comme un refrain : victime-payeur. »
La punition n'est pas une menace brandie par des écologistes autoritaires. Elle est déjà tombée, elle tombe chaque été et chaque hiver, et elle choisit ses cibles avec une précision de comptable.
Et il faut ajouter une chose que personne n'aime entendre, mais cette série vous doit la vérité plutot que le confort. Nous n'en sommes plus à choisir entre agir et ne pas agir : ce choix-là existait il y a trente ans, quand tout était déjà écrit, et il a été refusé année après année. Nous en sommes à la gestion du moindre mal. Chaque année perdue a transformé des solutions douces en mesures dures, et il faudra désormais renoncer à certaines choses, y compris à une part de confort.
La seule question encore ouverte, et c'est la question politique de toute cette série, c'est de savoir qui renonce à quoi : jusqu'ici, on a systématiquement fait renoncer ceux qui avaient déjà le moins. Quant au pari que la technologie nous dispensera de choisir, qu'une machine encore à inventer réparera ce que le système casse en accélérant, la série lui consacrera un épisode entier, celui des tonnes de CO2 qui n'existent que sur le papier. Ce pari a un nom simple : le déni, dans sa forme la plus moderne et la mieux habillée.
D'où je vous parle
Un mot sur celui qui écrit, parce que vous avez le droit de savoir d'où l'on vous parle. Je ne suis ni journaliste, ni scientifique, ni porte-parole de qui que ce soit. Je suis plongeur et montagnard, deux façons de fréquenter des écosystèmes qui prennent le dérèglement en pleine figure : j'ai vu de mes yeux le corail mourir dans les quarante premiers mètres sous la surface, et les glaciers perdre de l'épaisseur d'une saison à l'autre. J'habite la campagne, et j'y regarde la biodiversité s'effacer à un rythme qui s'accélère. Une question a fini par ne plus me lacher : pourquoi presque personne ne bouge ? Pourquoi tant de doute encore, pendant que ça se passe sous nos yeux, et pourquoi continue-t-on de voter des lois qui prolongent des pesticides dangereux ?
Cette série est ce que j'ai trouvé en cherchant la réponse. Pendant deux mois, j'ai lu des documents publics : rapports, archives d'entreprises, questions parlementaires, jugements. Je n'ai rien découvert que vous ne puissiez consulter vous-meme ; j'ai lu, et j'ai posé les pièces dans l'ordre. J'écris sous pseudonyme, et c'est un choix de méthode avant tout : rien, ici, ne doit reposer sur ma personne ni sur une quelconque autorité. Chaque affirmation pointera vers une pièce vérifiable. C'est la seule confiance que je vous demande : aucune.
À quoi ressemble une pièce
En voici deux, pour que vous sachiez de quoi je parle. Elles fixent aussi les bornes du dossier : la première a presque un siècle, la seconde a cinquante ans.
Décembre 1930, vallée de la Meuse, à une demi-heure de Liège. Un brouillard épais se couche sur la vallée industrielle et n'en repart plus pendant cinq jours. Les poitrines sifflent, puis les gens meurent : une soixantaine de décès entre Seraing et Huy, la plupart autour d'Engis.
Deux enquetes s'ouvrent. La reine ordonne une commission administrative, confiée au sénateur Berryer, qui s'appliquera surtout à rassurer. Le parquet de Liège, lui, ouvre une instruction et confie l'expertise à un collège dirigé par Jean Firket, professeur de médecine légale : les composés soufrés rejetés par les usines sont identifiés, et le lien entre les fumées industrielles et les morts est établi par écrit dans le rapport d'expertise remis en 1931. Puis le parquet classe. Aucun industriel n'est poursuivi, aucune norme n'est créée, et le brouillard passe dans les mémoires comme un caprice de la météo. La première étude au monde reliant pollution de l'air et mortalité est belge, elle a nonante-cinq ans, et elle s'est terminée par un non-lieu.
Juillet 1977, siège d'Exxon, aux États-Unis. Un scientifique de la maison, James Black, explique au comité de direction ce que la combustion du pétrole fait au climat. L'année suivante, devant un auditoire élargi, il précise l'échéance : une fenetre de cinq à dix ans avant que des décisions difficiles ne deviennent critiques. Les deux exposés, conservés dans les archives de l'entreprise, ont été exhumés par des journalistes en 2015. Nous étions en 1977, et cette science interne était juste : la revue Science a vérifié, des décennies plus tard, que les projections des chercheurs d'Exxon collaient aux températures réellement observées. Pendant les cinquante années qui ont suivi, les memes ont financé le doute public sur ce que leurs propres laboratoires avaient établi en privé. L'épisode 3 ouvrira ces archives une par une, celles d'Exxon et celles de Total, dont la revue interne décrivait déjà le problème en 1971.
Ce n'est pas un complot, et c'est pour ça que c'est plus grave
Arrivé ici, un réflexe sain se déclenche peut-etre en vous : tout ceci ressemble furieusement à une théorie du complot. C'est exactement le bon réflexe, alors vérifions ensemble. Un complot suppose des conjurés, une réunion secrète, un plan dissimulé. Rien de tel dans ce que vous venez de lire : le rapport d'expertise de 1931 est un document officiel, l'exposé de 1977 a été archivé par Exxon elle-meme, les budgets de lobbying d'aujourd'hui sont déclarés dans des registres publics que n'importe qui peut consulter. Rien n'était caché. Il a suffi de lire, et de poser les pièces dans l'ordre.
« Ce n'est pas un complot, c'est le fonctionnement normal et rationnel du système. Et c'est pour ça que c'est plus grave. Un complot, on l'arrete en arretant les comploteurs ; une structure produit les memes effets avec des acteurs interchangeables, tant qu'on n'y touche pas. Un complot se cache. Une structure s'affiche. »
Les règles du feuilleton
Cette série se lira donc comme un feuilleton policier, à une différence près, et elle est assumée : vous connaissez déjà le coupable. Aucune révélation ne vous sera retenue pour fabriquer du faux suspense, c'est la méthode des marchands de complot, pas la mienne. Le vrai suspense est ailleurs, et il est plus solide : comment le mécanisme fonctionne, comment le mensonge se fabrique, comment la pièce à conviction finit par tomber sur la table. Chaque épisode posera une question en ouverture et ne la résoudra qu'à la fin. Chaque fin vous laissera une image qui ouvre la suite. Et certains visages, certains lieux, reviendront d'épisode en épisode.
À chaque épisode, trois questions, toujours les memes, que vous pouvez emporter et appliquer à n'importe quel débat, y compris à ce que j'écrirai. Qui pollue ? Avec des noms, des tonnages, des numéros de permis, jamais un "nous" universel : la caissière de Herstal et le propriétaire d'un jet privé n'ont rien à faire dans le meme pronom. Qui savait ? Avec des documents datés, uniquement : chaque fois qu'il sera écrit "ils savaient", la phrase pointera vers une pièce.
Qui en profite ? Parce qu'un mensonge qui tient cinquante ans n'est pas une erreur, c'est un investissement, et un investissement se juge à son rendement. S'y ajoute une règle de géographie : chaque épisode nommera deux adresses, le siège lointain où la décision se prend, et le guichet belge qui l'a rendue possible. Jamais l'un sans l'autre, car conclure que tout se décide ailleurs serait une paresse de plus.
Trois engagements enfin, qui tiennent lieu de contrat. Tout est vérifié avant publication, et ce qui ne peut pas etre sourcé n'est pas écrit. Le meilleur argument adverse est traité dans le texte, jamais esquivé. Toute erreur démontrée sera corrigée publiquement. Et une précision, puisque le procès me sera fait de toute façon : cette série ne parle pas du parti écologiste. Ni pour, ni contre : ce n'est pas mon affaire. Elle parle d'écologie, c'est-à-dire de l'eau qu'on boit, de l'air qu'on respire, des sols qui tiennent ou qui partent, et des mesures qui les protégeraient, celles-là memes qu'on vous a appris à craindre. Des ministres écologistes seront d'ailleurs mis en cause dans ces pages, dates et documents à l'appui, au meme titre que les autres. J'instruis des mécanismes, pas des étiquettes.
Et l'Union soviétique, alors ?
Un dernier point avant la feuille de route, parce que l'objection est sérieuse et qu'elle m'a été faite : si le coupable est le système du profit, comment expliquer que les régimes qui l'avaient aboli aient massacré leur environnement, mer d'Aral asséchée en tete ? Réponse honnete : parce que le coupable profond n'est pas une étiquette, c'est une logique, le productivisme, l'accumulation sans limite et la domination de la nature. Le socialisme d'État soviétique en fut une forme rivale, pas une alternative écologique, et il a détruit en conséquence : memes barrages pharaoniques, memes plans de production à tout prix, meme mépris des sols et des fleuves.
Mais soyons précis sur la suite, car elle change tout : cette rivalité entre deux formes n'existe plus depuis les années nonante. L'Union soviétique s'est effondrée, et la Russie qui lui a succédé n'est pas revenue à autre chose, elle a adopté le fonctionnement de l'adversaire, un capitalisme d'oligarques bati sur l'exportation de pétrole et de gaz vers le marché mondial.
La Chine a fait le meme chemin par un autre chemin : son économie, pilotée par l'État, est depuis trois décennies branchée sur ce meme marché mondial, dont elle est devenue l'atelier ; elle produit pour nos rayons, selon nos prix, dans la meme course à l'accumulation. Il n'y a donc plus deux systèmes rivaux qui se renverraient leurs désastres : il y a un seul fonctionnement, mondialisé, avec des variantes de gouvernance. Et une différence historique demeure, qui justifie l'angle de cette série : le productivisme d'État a détruit, mais il n'a pas payé d'agences pour semer le doute ni inventé "l'écologie punitive". Le mensonge organisé, lui, est la partie proprement capitaliste du dossier. Cette distinction-là, la série la gardera d'un bout à l'autre.
Ce qui vient : cinq actes
D'abord, le réel, parce que tout part des corps. L'épisode 1 retournera vers les quelque 650 morts du 27 juin : qui étaient-ils, où vivaient-ils, et comment un pays doté d'un plan canicule depuis vingt et un ans est-il devenu champion d'Europe des morts de chaleur ? L'épisode 2 commencera un soir de novembre 2023, à Chièvres, chez un homme qui rentre du travail et allume sa télévision. Il s'appelle Geoffrey. Ce qu'il va apprendre au journal coulait de son robinet depuis des années, et pendant tout ce temps, chaque analyse portait le meme tampon : "conforme". Retenez ce mot, il reviendra vous hanter.
Ensuite, qui savait : l'épisode 3 ouvrira les archives, Engis, Exxon, la revue interne de Total, et le premier mensonge tombera, celui qui prétend que personne ne savait.
Puis le mensonge en action, un cas wallon par mécanisme : des milliards de billes de plastique dans une rivière du Hainaut pendant que la loi s'occupait de votre paille ; une usine d'Ath qui répétait "attention, les emplois" depuis un siècle, et ce qui est arrivé aux emplois ; la boue qui envahit les memes salons de Hesbaye à chaque orage, qu'on ose appeler catastrophe naturelle ; le salon de l'auto, ses deux tonnes de liberté et la généalogie enfin datée de "l'écologie punitive", qui a forgé le mot, quand, pour enterrer quoi ; et le nucléaire, sans dogme, avec une seule question, si les réacteurs belges rapportent, pourquoi a-t-il fallu payer leur propriétaire pour qu'il les garde ouverts ?
Ensuite, les leurres comptables : les bureaux du quartier européen où le doute se fabrique avec un organigramme et un budget, et le marché mondial de la tonne de CO2 qui n'existe pas.
Et enfin, l'issue : le froid dans les logements de Charleroi, ce qui nous appartient encore, et le dernier épisode qui rouvrira les dossiers de tous ceux qu'on a fait passer pour des fous pendant cinquante ans, pour vérifier, mesures en main, qui avait raison. Les scientifiques qu'on a ridiculisés alors qu'ils mesuraient juste. Le rapport Meadows de 1972, qu'on accuse encore d'avoir prédit une fin du monde qu'il n'a jamais prédite. Les premiers Wallons qui plantaient des éoliennes coopératives et qu'on traitait de doux reveurs. Les chiffres ont tranché depuis, et cet épisode final vous laissera un outil qui tient dans une poche : comment reconnaitre, sans attendre cinquante ans, ceux qui auront raison demain.
L'épisode 1 parait dans deux jours, l'épisode 2 deux jours plus tard, puis un épisode tous les deux jours, jusqu'au douzième.
Une dernière chose, et elle est pour vous
Ce feuilleton ne sera pas un procès de vos pailles et de vos assiettes, et je refuse d'avance le refrain qui veut que ce soit "à la population de changer ses comportements". Pas par complaisance : par lucidité. On ne choisit pas d'isoler un logement dont on est locataire. On ne choisit pas le train quand la gare a fermé et que la journée commence avant le premier bus. On ne choisit pas d'acheter sans plastique dans un rayon qui n'en propose pas.
Le système qui vous somme de prendre vos responsabilités est celui-là meme qui a organisé le rétrécissement de vos choix. Vos gestes comptent, à la marge où ils sont encore possibles ; mais un système qui a besoin que vous vous sentiez coupable à la caisse du supermarché, pendant qu'il déverse ses granulés par millions de tonnes, n'a pas un problème de morale individuelle. Il a un modèle économique. Exiger des gens qu'ils changent des comportements qu'on leur a rendus obligatoires, c'est la définition exacte d'une punition injuste. La voilà, la véritable écologie punitive : celle qu'on pratique déjà sur vous, en vous la reprochant.
Les suivants de Pepinster sont d'ailleurs déjà tombés. Le 27 juin dernier, en une seule journée, la Belgique a enregistré environ 650 décès toutes causes confondues, plus du double d'un jour normal. Le pire jour de la canicule. Pas d'images, pas de une : des gens morts de chaud chez eux, dans des logements que personne n'a jugé urgent d'isoler. Qui étaient-ils, et où vivaient-ils ? C'est l'épisode 1.
- →Parlement de Wallonie, commission d'enquete sur les inondations de juillet 2021, rapport et 161 recommandations, mars 2022.
- →Région wallonne, cartographie de l'aléa d'inondation par débordement, plan PLUIES, 2007.
- →Schéma stratégique multidisciplinaire du bassin de la Vesdre, étude commandée après les inondations, 2023.
- →Sciensano, monitoring de la mortalité Be-MOMO, vague de chaleur du 18 juin au 3 juillet 2026 (bilan révisé du 17 juillet 2026).
- →Statbel, chiffres provisoires de mortalité quotidienne, publication du 23 juillet 2026.
- →Stockholm Environment Institute, Emissions Inequality Dashboard, données belges par décile de revenu.
- →Rapport d'expertise judiciaire sur les brouillards de la vallée de la Meuse (collège d'experts dirigé par Jean Firket, parquet de Liège), 1931 ; Firket J., "Fog along the Meuse valley", Transactions of the Faraday Society, 1936.
- →James Black, "The Greenhouse Effect", présentation au comité de direction d'Exxon (juillet 1977) et version actualisée du 18 mai 1978, archives Exxon publiées par Inside Climate News.
- →Lucas Chancel et al., World Inequality Report, World Inequality Lab.
- →RTBF, "500 000 ménages wallons exposés aux inondations : il faut avoir le courage politique de dire qu'on révise le plan de secteur", 8 juin 2026 ; "Que devient le plan de reconstruction de la Vesdre ?", 2026 ; "Inondations de l'été 2021 : la commission d'enquete du Parlement wallon fait plus de 150 recommandations", mars 2022.
- →L'Avenir et La Meuse, projet de logements du Foyer fléronnais à Nessonvaux (terrain submergé par 2,60 m d'eau en 2021), mars 2026.
- →RTBF, fact-check, "Les 10 % des Belges les plus riches émettent-ils vraiment 50 tonnes de CO2 ?".
- →Moustique, "Canicule en Belgique : 5 chiffres qui montrent que la Wallonie et Bruxelles ont payé un tribut bien plus lourd que la Flandre", 9 juillet 2026 ; La Libre, "Le lourd bilan de la canicule en Belgique : une surmortalité record en Europe", 27 juillet 2026.
- →Inside Climate News, "Exxon's Own Research Confirmed Fossil Fuels' Role in Global Warming", septembre 2015.
- →Sur la friche Josaphat : L'Avenir, "Projet dévoilé pour la friche Josaphat : ce n'est plus du greenwashing, c'est de la fumisterie", 7 avril 2023 ; L'Avenir, "La Région bruxelloise condamnée à suspendre l'urbanisation de ses terrains naturels", 3 novembre 2025 ; RTBF, "Vague de chaleur : comment adapter les villes et avec quels moyens ?", fin juillet 2026 (appel du gouvernement bruxellois et circulaire suspendant le moratoire).
- →Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L'Événement Anthropocène, Seuil, 2013.
- →Naomi Oreskes et Erik Conway, Les Marchands de doute, Le Pommier, 2012.
- →Geoffrey Supran, Stefan Rahmstorf et Naomi Oreskes, "Assessing ExxonMobil's global warming projections", Science, 2023.
- →Christophe Bonneuil, Pierre-Louis Choquet et Benjamin Franta, "Early warnings and emerging accountability: Total's responses to global warming, 1971-2021", Global Environmental Change, 2021.
- →Andreas Malm, Fossil Capital, Verso, 2016.
- →William Lamb et al., "Discourses of climate delay", Global Sustainability, 2020.
- →Sur le brouillard de 1930 et sa naturalisation : "Le brouillard mortel de la vallée de la Meuse (décembre 1930)", dans Débordements industriels, Presses universitaires de Rennes ; Alexis Zimmer, Brouillards toxiques. Vallée de la Meuse, 1930, contre-enquete, Zones Sensibles, 2016.
