La phrase que personne n’a écrite
Enquete sur quarante-quatre ans de démontage belge. Un pays qui se transforme par des textes que personne ne lit, votés par des assemblées qui ne les ont pas écrits, dans des lieux qui ne sont pas des parlements.
Enquete sur quarante-quatre ans de démontage belge. Un pays qui se transforme par des textes que personne ne lit, votés par des assemblées qui ne les ont pas écrits, dans des lieux qui ne sont pas des parlements.
Avril 1990. Un roi qui préparait son refus depuis vingt ans, un gouvernement qui réactive un article écrit pour un roi prisonnier, un Parlement qui valide sans une seule voix contre. Et une réforme promise qui n’est jamais venue.
Un trait tracé sur une carte en 1962. Un gouvernement tombé pour un village de quatre mille habitants. Des bourgmestres élus jamais nommés. Une capitale enfermée. Et personne, aujourd’hui, ne peut plus la déplacer d’un mètre.
La Question royale, 1940-1951. Onze années de crise, trois déclarations d’empechement, des dizaines de milliers de grévistes, quatre morts, et pas une seule décision. Un pays qui n’a jamais destitué son roi, ni voulu de lui.
Tout le monde connait la tour de l’Yser dynamitée. Presque personne ne sait qu’à cent kilomètres de là, l’occupant avait buriné le mot « martyr » sur les tombes des fusillés wallons. Deux mémoires profanées. Une seule est devenue une cause.
On ne pourrait pas juger Léopold II avec la morale d’aujourd’hui ? Alors ne convoquons que des témoins de son époque. Certains étaient ses propres fonctionnaires. Et l’accusé a perdu, en 1905, devant sa propre commission.
Neuf articles sur dix copiés de l’étranger, dont quarante pour cent du régime qu’on venait de renverser. Écrite en neuf jours par deux hommes de vingt-cinq et vingt-neuf ans. Un collage devenu l’un des textes les plus copiés du siècle.
Les insurgés ont gagné dans la rue. Mais les frontières, la neutralité et le roi se sont décidés à Londres, entre cinq puissances qui n’habitaient pas le pays. Un condominium d’origine.
La Belgique serait née un soir de 1830, d’un air d’opéra à la Monnaie. Sauf que l’opéra racontait un échec, que le roi l’avait applaudi un an plus tot, et que le récit vient du camp des perdants.
Le 21 juillet 1831, avant meme le premier livre, la Belgique récitait déjà ses ancetres. Henri Pirenne coulera le récit dans le marbre. Voici le marbre, et ce qu’il recouvre.